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DE L’IMPORTANCE D’UNE MESURE PRECOCE DES MEMBRES CHEZ LES PATIENTES OPEREES D’UN CANCER DU SEIN : LA DEMONSTRATION DE TAGHIAN ET COLL !

La publication récente de Taghian et collaborateurs (1) vient démontrer de manière éclatante l’importance d’une mesure précoce (d’une évaluation des volumes respectifs) des membres des patientes opérées d’un cancer du sein.

Le problème peut apparaître « trivial » et peu scientifique mais il « titille » en effet depuis longtemps tout observateur critique de l’évaluation et de la définition des lymphoedèmes des membres supérieurs sur base de mesures périmétriques ou volumétriques (voir remarque).

Les Soins de Santé belges se sont ralliés à une définition des oedèmes comme significatifs quand la somme des périmétries du membre oedématié dépasse de 5% la somme des périmétries du membre sain opposé (classant alors ces patientes en pathologie « chronique » et en pathologie « lourde » si cette différence atteint 10%). Les définitions retenues par l’International Society of Lymphology et par le National Cancer Institue grading scales considèrent pour leur part comme présentant un lymphoedème les patientes avec une différence de volume de 10% (les patientes avec 5 à (moins de) 10% de différence volumique étant considérées comme à risque ou à lymphoedème « latent »). Ces différentes définitions ne tiennent toutefois pas compte des différences existant normalement entre les deux membres avant toute opération et le problème devient encore plus sujet à critiques quand on voit aussi certains considérer que le membre sain reste inchangé au cours du temps...

Pour faire bref, ces auteurs ont analysé 1028 patientes opérée d’un cancer du sein et présentant un œdème du membre supérieur. Ils montrent que :

  • 28.3% des patientes présentaient au départ une asymétrie « normale » de plus 5% et 2.9% de 10% ou plus.
  • Quand il est tenu compte de cette mesure de départ, les conséquences en termes de sous-évaluations diagnostiques comme de sur-évaluations ultérieures apparaissent « énormes » : 41.6% et 40.1% sur base d’une différence de 5% ou plus et 50.0% et 54.8% sur base d’une différence de 10%.

Les auteurs rapportent aussi différents facteurs comme influençant dans un sens ou dans l’autre ces sous-évaluations et sur-évaluations diagnostiques. Nous ne les détaillerons pas ici mais la conclusion nous semble claire :

« Toute patiente qui devrait bénéficier d’un curage ganglionnaire (surtout dans un contexte à risque ; hypertension artérielle, surcharge pondérale,…) nous semble devoir aussi avoir un bilan périmétrique et/ou volumétrique des deux membres (idéalement en pré-opératoire, sinon en post-opératoire immédiat) et ce comme part normale de leur prise en charge dans tout centre sénologique. »

Ces mesures systématiques pourraient ainsi être utilisées ultérieurement comme référence pour évaluation de l’apparition (ou non) d’un œdème dit significatif.

Pour les lecteurs kinésithérapeutes, nous rappelons que la Thérapie Décongestive Complexe (ou Complex Decongestive Therapy, CDT) nécessite des mesures précises et d’être mis en place dès l’apparition de l’œdème. Cette approche pourrait permettre de détecter des oedèmes à leur début mais aussi d’en optimaliser la phase de traitement intensive et leur suivi dans le cadre de la phase d’entretien.

Mr R. BARBIEUX et Prof. P. BOURGEOIS

Mots-clefs : lymphoedème, cancer du sein, quantification, standardisation, volumétrie, périmétrie, valeur baseline, diagnostic

Remarque : sauf à réaliser des mesures par immersion (3) ou par un appareillage comme le Perometer (utilisé par Taghian et coll) (2), les volumes découlent en général des mesures périmétriques. Une différence dans la somme des périmétries de 5% correspond en fait à une différence de volumes de 10.25% (voir notre fichier excell). Logiquement, la corrélation entre mesures par immersion et mesures périmétriques est par exemple ainsi bien corrélées (3).